Dès les premières minutes de la rencontre, Zé illustre l’esprit du projet collectif qu’il présentera à la rentrée : lorsque le jeune homme au visage juvénile un peu fier nous salue, souriant, il est entouré de ses amis. L’entretien se fera avec l’impression de faire partie de la bande, assis sur un muret du quartier Coop des Lochères, à Sarcelles (Val-d’Oise), où le rappeur a grandi.
« Je n’ai pas fait beaucoup d’interviews », prévient-il toutefois. Il faut dire que les choses sont allées très vite, pour le jeune homme qui a fêté ses 19 ans cette année : un an et demi plus tôt, Zé n’avait jamais rappé devant un micro. Et le voilà, à la sortie d’un premier extrait de son titre « Matinal », début 2025, à cumuler 2 millions de vues sur TikTok en quelques jours.
Fort aujourd’hui d’un projet solo, de plusieurs singles, et de plus de 200 000 auditeurs mensuels sur Spotify, Zé revient cet été pour porter CODE 95, un projet collectif visant à mettre en lumière les artistes du Val-d’Oise. Ce département, le 95, a vu émerger des figures majeures du rap français comme Nekfeu, Alpha Wann, ou encore le groupe PNL, mais Zé veut donner une nouvelle impulsion à la scène locale.
Collectif d’influences
Car la fibre collective, Zé la cultive depuis les débuts : au sein de son groupe de rap, GMR, avec lequel il commence « par gratter quelques seize au lycée, pour rigoler », puis avec son frère, Iiso, qui l’encourage le premier à poster ses couplets sur les réseaux sociaux avant « le braquage » du million de vues, comme il aime plaisanter. Depuis, les deux font tout ensemble, son frère est aujourd’hui son manager. Cette fratrie est le pilier de son ascension, et elle incarne une dynamique familiale que l’on retrouve souvent dans les quartiers où l’entraide est essentielle.
Dans sa musique, c’est également un collectif d’influences que mobilise le rappeur : de la rumba congolaise, héritée de sa mère, à la musique cap-verdienne, qu’il doit cette fois-ci à son père, en passant par le gospel et le rap américain. Zé fait feu de tout bois, et cite comme inspirations Travis Scott, autant que Stromae, les Lochères Thugs ou encore la légende de la musique cap-verdienne Cesária Évora. Dans ses titres, Zé mélange à la fois la mélodie au rap beaucoup plus dur, le « kickage », à la rythmique dansante. Cette fusion des genres est une marque de fabrique qui attire un public varié, des amateurs de trap aux passionnés de musiques du monde.
« J’essaye de raconter nos vies dans les quartiers. Ici, on est un peu à part, on a tendance à être un peu enfermés. » explique-t-il. La musique devient alors une fenêtre sur le monde, un moyen de briser les barrières sociales et géographiques. Le quartier Coop des Lochères, avec ses tours et son histoire, est le décor de ses clips et le cœur de son inspiration.
À chaque sortie, le rappeur peut compter sur le soutien de « l’Assemblée », le nom qu’il a donné à sa communauté. Là encore, Zé fait dans le collectif : « Je voulais trouver un nom qui rassemble des hommes, des femmes, un groupe d’humains. Je les appelle aussi les députés ». Une pause. « J’avoue que c’est aussi parce que j’adorais la science politique au lycée », rit-il. Cette approche participative renforce le lien avec ses fans, qui se sentent acteurs de son succès.
« C’est le 95 qui nous a élevés »
Dernièrement l’Assemblée a pu retrouver Zé sur « Étoiles », le premier extrait du projet CODE 95, qui rassemble plusieurs rappeurs du Val-d’Oise. « Ici c’est spécial », affirme le Sarcellois. « On dit souvent que c’est le 95 qui nous a élevés », poursuit-il. Cette fierté départementale est un leitmotiv dans le projet, qui vise à fédérer une scène souvent fragmentée. Le Val-d’Oise, département de la banlieue nord de Paris, a toujours été un creuset de talents, mais il manquait d’un projet fédérateur pour les mettre en lumière.
Dans ses textes et ses clips, le département est un personnage à part entière. « J’essaye de raconter nos vies dans les quartiers. Ici, on est un peu à part, on a tendance à être un peu enfermés. La musique c’est aussi une façon de casser les barrières et de changer la vision des gens, de l’élargir ».
Alors, quand le producteur Quincy, originaire de Saint-Ouen-l’Aumône, l’approche avec l’idée d’un projet 100 % 95 pour « ouvrir la culture du département à la jeunesse », Zé n’hésite pas. « Du mix à l’enregistrement, en passant par la production, la réalisation, il n’y a pas une personne qui n’est pas du 95 sur le projet », explique le producteur. Cette exigence locale garantit une authenticité rare dans l’industrie musicale.
« On y va tous ensemble »
BBP, producteur de PNL notamment, également originaire du Val-d’Oise, voit, lui, l’occasion de « mettre en lumière l’émulation artistique qu’il y a dans le département depuis quelques années, avec une nouvelle génération », à l’image de Zé. « L’ambition, c’est de créer un son pour le département, qui profite à tous les artistes ».
Ce que compte bien faire CODE 95, dont la recette, selon Zé, se trouve « dans la solidarité entre les rappeurs ». Sans trop en dire, le jeune artiste peut toutefois assurer que l’initiative sera « le projet de l’année pour un département ». Il insiste sur l’importance de l’union : « On a tous grandi dans les mêmes cités, on connaît les mêmes difficultés. Si on reste chacun de son côté, on ne pourra pas rivaliser avec les grosses machines. Mais ensemble, on peut créer quelque chose d’unique. »
« Le 95, c’est l’étoile montante en termes de collectif, on y va tous ensemble », poursuit-il. Des rappeurs du Val-d’Oise comme La Chine ou encore Yoko, feront également partie du projet. « Ça fait plaisir de voir qu’il se repasse quelque chose ici », affirme BBP. « Après 30 ans, j’espère que ça marquera un renouveau, et que cette nouvelle génération laissera son empreinte comme les grands du secteur ».
Le projet CODE 95 est attendu pour le mois de septembre, avec plusieurs événements de prévus dans les villes du Val-d’Oise. De son côté, Zé assure « qu’une grosse surprise » est sur les rails. Affaire à suivre dans les prochains mois… Au-delà de la musique, ce projet a une dimension sociale forte : il offre une vitrine aux jeunes artistes du 95, souvent invisibilisés par les médias parisiens. En misant sur la collaboration plutôt que sur la compétition, Zé et son équipe espèrent inspirer d’autres départements à suivre leur exemple.
Zé incarne une nouvelle vague du rap français, où l’identité locale et le collectif priment sur l’ego. Avec CODE 95, il ne se contente pas de faire entendre sa voix ; il ouvre la porte à toute une génération. Le Val-d’Oise n’a pas fini de faire parler de lui.
Source: leparisien.fr News