Richard Thomassier, maire de Fillinges, une commune de Haute-Savoie, a révélé lors de l'émission LaMatinale avoir été agressé par des gens du voyage. « J'ai été menacé de mort et j'ai vu une disqueuse passer tout près de ma joue », a-t-il déclaré, visiblement encore sous le choc. Cette agression, survenue dans des circonstances encore floues, a immédiatement suscité une vive émotion dans la région et au-delà.
Les faits : une agression brutale
Selon les premiers éléments rapportés par le maire, l'incident s'est produit alors qu'il se trouvait sur le terrain où des gens du voyage s'étaient installés sans autorisation. Ces derniers auraient refusé de quitter les lieux malgré les injonctions municipales. La situation a dégénéré lorsque plusieurs individus ont sorti une disqueuse, un outil électrique équipé d'un disque abrasif, et l'ont approchée du visage de l'élu. « Ils m'ont clairement dit qu'ils allaient me tuer si je ne les laissais pas tranquilles », a confié Richard Thomassier. L'édile a réussi à s'échapper et a porté plainte. Une enquête a été ouverte par la gendarmerie de la vallée de l'Arve.
Richard Thomassier : un maire engagé
Richard Thomassier est maire de Fillinges depuis 2014. Agé de 52 ans, il est également conseiller départemental de la Haute-Savoie. Connu pour sa gestion rigoureuse des affaires locales, il a souvent dû faire face à des installations illicites de gens du voyage sur le territoire communal. Fillinges, petite ville de 3 500 habitants située entre Genève et Chamonix, est régulièrement confrontée à ce phénomène en raison de sa proximité avec la Suisse et des axes routiers fréquentés. « Depuis des années, je demande des solutions pérennes, mais l'État tarde à agir », déplore-t-il. Son mandat a été marqué par plusieurs affrontements verbaux avec des représentants de la communauté voyageuse, mais jamais une telle violence n'avait été atteinte.
Un contexte national tendu
Cette agression s'inscrit dans un climat de tensions croissantes en France entre les élus locaux et les gens du voyage. Selon le rapport annuel de l'Association des maires de France (AMF), les incidents violents impliquant des maires ont augmenté de 30 % en 2025. Les installations sauvages, les dégradations de biens publics et les menaces sont devenus monnaie courante dans certaines régions. En Haute-Savoie, plusieurs communes ont adopté des arrêtés anti-camping sauvage, souvent contournés par les groupes itinérants. Les forces de l'ordre, déjà sous pression, peinent à intervenir rapidement. « Les élus sont en première ligne et se sentent abandonnés », explique un porte-parole de l'AMF. Le cas de Richard Thomassier est emblématique de cette situation.
La réaction des autorités
Suite à cette agression, le préfet de la Haute-Savoie a condamné les faits avec fermeté et promis des mesures renforcées. « Nous allons déployer des moyens supplémentaires pour protéger les élus et faire respecter la loi », a-t-il déclaré. Une réunion d'urgence avec les maires du département a été programmée pour la semaine prochaine. De son côté, le ministre de l'Intérieur a annoncé l'envoi d'une unité de gendarmerie mobile spécialisée dans la gestion des conflits liés aux gens du voyage. Cependant, ces annonces peinent à rassurer Richard Thomassier : « Ce n'est pas la première fois qu'on nous promet des renforts. Il faut des actes concrets, comme la création de vraies aires d'accueil et des peines plus lourdes pour les agresseurs. »
Les gens du voyage : une communauté diverse
Il convient de rappeler que les gens du voyage ne forment pas un groupe homogène. En France, cette appellation regroupe environ 500 000 personnes vivant en caravane ou en habitat mobile. Si certains respectent les règles et usent des aires d'accueil prévues par la loi Besson de 1990, d'autres adoptent des comportements illégaux. Les tensions sont souvent exacerbées par le manque de places dans les aires aménagées (seulement 60 % des besoins sont couverts). Des associations comme la Fédération nationale des associations solidaires d'action avec les Tsiganes et les Gens du voyage (Fnasat-Gens du voyage) appellent à un dialogue constructif : « La violence n'est jamais acceptable, mais il faut comprendre les causes profondes : la sédentarisation forcée, la précarité et la discrimination. »
Sécurité des élus : un enjeu démocratique
L'agression de Richard Thomassier relance le débat sur la protection des élus locaux, souvent isolés face à des situations extrêmes. Depuis l'assassinat du maire de Signes en 2019, des dispositifs ont été mis en place : permanences sécurisées, formations à la gestion des conflits, numéro d'urgence dédié. Mais ces mesures restent insuffisantes. « Un maire n'est pas un super-héros. Il est le premier représentant de l'État dans sa commune, mais il n'a ni les moyens ni la protection nécessaires », souligne la sénatrice de la Haute-Savoie, Martine Berthet. Elle a déposé une proposition de loi visant à durcir les sanctions pénales pour les violences contre les élus. Le texte prévoit notamment la création d'un délit spécifique de « menace de mort contre un élu » puni de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende.
Les conséquences pour Fillinges
À Fillinges, l'émotion est vive. Une marche blanche est prévue ce week-end en soutien au maire. Les habitants, choqués, réclament des mesures fortes. « C'est notre maire, il fait de son mieux. On ne peut pas accepter qu'il soit menacé chez nous », témoigne une commerçante du centre-ville. La municipalité a renforcé la vidéosurveillance et demande l'installation d'un poste de gendarmerie permanent. En attendant, Richard Thomassier a annoncé qu'il ne renoncera pas à ses fonctions : « Si je cède, c'est toute la démocratie locale qui vacille. Je vais continuer à défendre nos valeurs, mais avec une sécurité renforcée. » L'enquête suit son cours, et les suspects, identifiés grâce aux caméras de surveillance, seraient en fuite. Un mandat d'arrêt a été lancé.
Un phénomène qui dépasse les frontières
Les tensions entre élus et gens du voyage ne sont pas propres à la France. En Suisse voisine, plusieurs communes genevoises ont connu des incidents similaires. Le maire de la commune de Meyrin a également été menacé l'année dernière. Des coopérations transfrontalières commencent à se mettre en place pour traiter le problème des itinérants. L'Union européenne finance des projets de médiation et de création d'aires d'accueil modernes. Mais ces initiatives peinent à produire des résultats rapides face à un phénomène ancien et complexe.
Richard Thomassier, lui, espère que son témoignage suscitera une prise de conscience. « Être maire, c'est un engagement. Mais on n'accepte pas de risquer sa vie pour cela. Il est temps que la République protège ceux qui la servent au quotidien. »
Source: MSN News