Arrebato : le film culte qui a marqué Pedro Almodóvar arrive enfin en France
Arrebato, long métrage espagnol réalisé par Iván Zulueta, est l'un des secrets les mieux gardés du cinéma européen. Longtemps difficile à voir, ce film culte de la fin des années 1970 bénéficie aujourd'hui d'une version restaurée. Il sortira pour la première fois en salles en France, avec une date annoncée pour 2026. Pour les cinéphiles, c'est un événement : Arrebato n'est pas seulement un objet expérimental inclassable, c'est aussi une œuvre matricielle qui a profondément influencé Pedro Almodóvar. Mélange de comédie noire, de drame psychologique, de film d'horreur et d'autoportrait underground, le film continue de fasciner par sa modernité et son étrangeté.
Fiche technique
- Titre : Arrebato (version restaurée)
- Genre : Comédie noire
- Réalisateur : Iván Zulueta
- Scénariste : Iván Zulueta
- Sortie : 2026
- Durée : 1h45
- Pays : Espagne
Synopsis : un réalisateur, une actrice et un obsessionnel du Super-8
Dans l'Espagne des années 1970, José Sirgado est un réalisateur de films d'horreur de troisième zone. En panne de créativité, il survit tant bien que mal dans un milieu industriel qu'il méprise. Autour de lui gravite Ana Turner, une actrice héroïnomane qui a joué dans ses derniers nanars. Leur quotidien bascule lorsqu'un certain Pedro, un jeune homme vaguement autiste, entre dans leur vie. Pedro filme sa vie quotidienne en Super-8, avec une obsession : atteindre un chef-d'œuvre ultime. Peu à peu, les destinées de José, d'Ana et de Pedro se lient de manière inexplicable. Le film devient alors une plongée dans la dépendance, le désir de création et la confusion entre la vie et la pellicule.
Le récit d'Arrebato progresse comme un labyrinthe. José reçoit des bobines et des cassettes audio envoyées par Pedro. Ces documents filmés révèlent une existence absorbée par la caméra, une vie mise en scène et découpée en images. Pedro ne se contente pas de filmer : il cherche à capturer un moment de « arrebato », cette saisie brutale, cet emportement quasi mystique qui transforme le regard. Le Super-8 devient une drogue, un vampire, une machine à dévorer le réel. La frontière entre le cinéaste et son sujet s'efface, jusqu'à ce que le spectateur lui-même ne sache plus qui filme qui.
Un manifeste de la Movida et de l'Espagne post-franquiste
Arrebato apparaît dans un moment charnière de l'histoire espagnole. Après la mort de Franco en 1975, le pays traverse une transition démocratique, culturelle et sexuelle. La Movida madrilène explose dans les bars, les fanzines, les concerts et les salles de cinéma. Iván Zulueta est l'une des figures de cette effervescence. Dessinateur, graphiste, affichiste et cinéaste, il incarne une génération qui veut briser les tabous, mélanger les genres et inventer de nouvelles formes. Arrebato est à la fois le produit de cette période et son plus étrange miroir. Le film respire la liberté formelle, l'expérimentation, mais aussi une forme de mélancolie et de descente aux enfers.
À sa sortie, Arrebato déroute une partie du public et de la critique. Trop bizarre, trop personnel, trop en avance peut-être. Il faut du temps pour que le film trouve son public et devienne un objet de culte. Les cinéphiles le comparent à un croisement entre David Lynch, Brian De Palma et Andy Warhol, même si ces rapprochements ne suffisent pas à saisir son identité profonde. Arrebato est un film espagnol, ancré dans une époque, mais il parle un langage universel : celui de l'addiction aux images, de la peur de vieillir, du désir de disparaître dans une œuvre.
Iván Zulueta, artiste total et figure underground
Iván Zulueta est né à Saint-Sébastien en 1943 et mort en 2009. Il a étudié à l'École des arts décoratifs de Madrid, puis s'est imposé comme graphiste et illustrateur. Il a dessiné des affiches de films, des pochettes de disques, des génériques et des couvertures de magazines. Son travail graphique est marqué par la pop culture, le surréalisme et une certaine élégance trouble. Dans le cinéma, il a réalisé plusieurs courts métrages avant Arrebato, notamment Un, dos, tres, al escondite inglés, Frank Stein, Masaje ou Aquarium. Ces essais annoncent déjà son goût pour le collage, le détournement et l'intimité filmée.
Arrebato reste son unique long métrage de fiction. Ce film a coûté cher à son réalisateur, autant artistiquement que personnellement. Zulueta a ensuite connu des années difficiles, marquées par les problèmes de santé et l'éloignement du milieu cinématographique. Pourtant, son influence n'a cessé de grandir. Son œuvre est aujourd'hui célébrée comme celle d'un visionnaire, et Arrebato comme un classique clandestin. La version restaurée permettra de redécouvrir la beauté de ses cadres, la sensualité de sa lumière et la puissance de son montage.
L'héritage d'Arrebato : l'influence sur Pedro Almodóvar
Pedro Almodóvar a souvent cité Arrebato comme une œuvre importante dans sa formation de cinéaste. On retrouve dans le cinéma d'Almodóvar plusieurs échos du film de Zulueta : le goût du mélodrame, les personnages d'actrices dépendantes, la fascination pour le cinéma dans le cinéma, la liberté sexuelle et l'énergie de la Movida. Almodóvar a dirigé Eusebio Poncela dans La loi du désir, en 1987, et Cecilia Roth est devenue l'une de ses actrices fétiches, notamment dans Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier, Le Labyrinthe des passions ou Tout sur ma mère. Ces collaborations montrent à quel point le casting d'Arrebato a irrigué le cinéma espagnol des décennies suivantes.
Sans Arrebato, le cinéma d'Almodóvar ne serait sans doute pas tout à fait le même. Le film de Zulueta a
Source: Télérama News