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Sundar Pichai, le patron de Google, met en garde contre les menaces qui pèsent sur la liberté de l'internet

May 30, 2026  Twila Rosenbaum  5 views
Sundar Pichai, le patron de Google, met en garde contre les menaces qui pèsent sur la liberté de l'internet

Sundar Pichai, le directeur général de Google et de sa société mère Alphabet, a lancé un avertissement solennel : l'internet libre et ouvert est attaqué dans de nombreuses régions du monde. Dans une interview approfondie accordée à la BBC, il a souligné que de plus en plus de pays restreignent la circulation de l'information, un modèle souvent considéré comme acquis mais qui fait face à des menaces croissantes.

Pichai a rappelé que Google, fondé il y a 23 ans par Larry Page et Sergey Brin, a joué un rôle majeur dans la construction de cet internet libre. Aujourd'hui, l'entreprise est confrontée à des défis multiples : pression réglementaire, critiques sur sa politique fiscale, controverses sur la vie privée et soupçons de monopole. Mais pour Pichai, l'avenir repose sur deux révolutions technologiques majeures : l'intelligence artificielle et l'informatique quantique.

Un internet libre menacé

Interrogé sur l'avenir de l'internet, Pichai a déclaré : « L'internet libre et ouvert est attaqué ». Il n'a pas directement mentionné la Chine, mais a souligné qu'aucun des principaux produits et services de Google n'est disponible dans ce pays. Selon lui, le modèle chinois, plus autoritaire et axé sur la surveillance, pourrait gagner du terrain si les démocraties ne défendent pas activement les valeurs de liberté numérique.

Cette mise en garde intervient dans un contexte où de nombreux gouvernements adoptent des lois restrictives sur la diffusion de l'information, que ce soit au nom de la sécurité nationale ou de la lutte contre les fake news. Pichai insiste sur la nécessité de préserver un espace en ligne ouvert, tout en reconnaissant que cela implique des responsabilités pour les grandes plateformes comme Google.

L'intelligence artificielle, une révolution plus importante que le feu ou l'électricité

Lors de l'entretien, Pichai a fait une déclaration qui a retenu l'attention : « L'intelligence artificielle est plus importante que le feu, l'électricité ou l'internet ». Selon lui, l'IA représente la technologie la plus profonde que l'humanité aura jamais développée. Il a expliqué que l'IA permettra de résoudre des problèmes complexes dans des domaines aussi variés que la santé, l'éducation ou le changement climatique.

Google investit massivement dans l'IA à travers ses filiales comme DeepMind, pionnière dans le domaine. Pichai voit dans l'informatique quantique un autre domaine révolutionnaire, bien que complémentaire. Alors que l'informatique classique repose sur des bits binaires (0 ou 1), l'informatique quantique utilise des qubits, pouvant exister dans plusieurs états simultanément. « Cela ouvre une toute nouvelle gamme de solutions », a-t-il souligné, tout en reconnaissant que de nombreux défis techniques restent à relever avant une application pratique généralisée.

Les défis de Google : fiscalité, vie privée et monopole

L'interview a également permis d'aborder les sujets sensibles qui entourent Google. Sur la question fiscale, Pichai a été confronté aux pratiques passées de l'entreprise, qui a utilisé des montages complexes comme le « Double Irish, Dutch Sandwich » pour réduire ses impôts. Il a affirmé que Google n'utilise plus ce stratagème et qu'il est l'un des plus gros contributeurs au monde. Cependant, invité à s'engager à retirer immédiatement Google de tous les paradis fiscaux, il n'a pas accepté. Il a toutefois déclaré être « encouragé par les conversations autour d'un impôt minimum mondial sur les sociétés ».

En matière de vie privée, Pichai a souligné que Google s'efforce de protéger les données de ses utilisateurs, tout en proposant des services gratuits. Concernant le monopole, il a fait valoir que la recherche Google est gratuite et que les utilisateurs peuvent facilement choisir d'autres moteurs. Cet argument rappelle celui utilisé par Facebook dans des affaires antitrust récentes. Pichai a également mentionné que l'entreprise fait face à un examen constant de la part des régulateurs, mais qu'elle continue d'innover dans des domaines clés.

Le parcours de Sundar Pichai : de Chennai à la Silicon Valley

Sundar Pichai est né dans une famille de classe moyenne à Chennai, dans le sud de l'Inde. Son père était ingénieur et sa mère femme au foyer. Il a grandi dans un modeste appartement, partageant une chambre avec son frère. La technologie a eu un impact transformateur sur lui : il se souvient du vieux téléphone à cadran pour lequel sa famille était sur liste d'attente, ou du scooter sur lequel ils s'entassaient pour les dîners mensuels. Ces expériences ont forgé sa conviction que la technologie peut améliorer le niveau de vie.

Après des études d'ingénieur en métallurgie en Inde, il obtient une bourse pour l'université Stanford, où il décroche une maîtrise en science des matériaux. Il rejoint Google en 2004, alors que l'entreprise ne compte que quelques centaines d'employés. Il se distingue rapidement comme un chef de produit exceptionnel, supervisant le développement de Google Chrome, qui devient le navigateur le plus utilisé au monde, puis Android, le système d'exploitation mobile dominant. En 2015, il est nommé PDG de Google, puis en 2019, il prend la tête d'Alphabet, la holding qui chapeaute Google et ses filiales.

Un leadership discret mais efficace

Contrairement à d'autres dirigeants de la tech, comme Elon Musk ou Mark Zuckerberg, Pichai est un homme discret, avunculaire, qui se garde en grande partie pour lui-même. Dans l'interview, il révèle quelques détails personnels : il ne mange pas de viande, conduit une Tesla, vénère Alan Turing, et aurait aimé rencontrer Stephen Hawking. Il dit être jaloux de la mission spatiale de Jeff Bezos. Ces confidences sont rares de la part de ce dirigeant qui évite les déclarations publiques spectaculaires.

Les anciens et actuels employés de Google le décrivent comme un patron exceptionnellement gentil, réfléchi et attentionné, sincèrement déterminé à faire preuve d'éthique. Il a conquis les ingénieurs de la Silicon Valley, pourtant réputés pour leurs egos surdimensionnés. Son style de leadership contraste avec celui des fondateurs Larry Page et Sergey Brin, plus visionnaires et audacieux. Pichai apparaît comme le gestionnaire prudent dont Google avait besoin pour apaiser les inquiétudes du public et charmer les fonctionnaires.

Les critiques internes et externes

Malgré sa popularité, Pichai n'échappe pas aux critiques. Certains estiment que Google est aujourd'hui plus prudent et moins innovant qu'auparavant. L'entreprise est accusée de produire des copies de produits existants (« Me-Too ») plutôt que des idées originales. Plusieurs grands paris de Pichai ont échoué, comme Google Glass, Google Plus, Google Wave ou Project Loon. Google rétorque que l'expérimentation et l'échec font partie de l'innovation.

Une autre critique récurrente concerne l'ambition de Google : avec une concentration exceptionnelle de talents, pourquoi l'entreprise ne résout-elle pas des problèmes majeurs comme le cancer ou le changement climatique ? Pichai répond indirectement en soulignant l'importance de l'IA et de l'informatique quantique pour relever ces défis. En interne, Google fait face à des débrayages réguliers sur des questions de diversité et de salaires, illustrant la difficulté de gérer plus de 100 000 employés aux opinions souvent militantes.

L'avenir selon Pichai

Pichai estime que l'accélération technologique est inévitable. Il voit dans l'IA et le quantique des leviers pour transformer tous les secteurs de la société. Interrogé sur le modèle chinois d'internet, il appelle les démocraties à défendre un internet libre et ouvert, sans toutefois entrer dans des déclarations géopolitiques directes. Pour lui, le rôle de Google est de continuer à innover tout en assumant ses responsabilités sociales et éthiques.

La leçon la plus frappante de cet entretien est peut-être la conscience que Pichai a du poids de ses décisions. Avec des législateurs souvent lents et inefficaces, ce sont des dirigeants comme lui qui façonnent le monde numérique de demain. Il ne pense pas qu'il devrait porter seul cette responsabilité, mais il semble résigné à devoir le faire.


Source: BBC News Afrique News


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