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Le discret mais ambitieux Rishi Sunak "a tout pour réussir" au 10 Downing Street

Jul 01, 2026  Twila Rosenbaum  9 views
Le discret mais ambitieux Rishi Sunak "a tout pour réussir" au 10 Downing Street

PORTRAIT. À la tête d'un pays en crise depuis trois mois, le plus jeune Premier ministre du Royaume-Uni, incarnation du Commonwealth, prône une économie innovante. Opportuniste, il reste fragile politiquement.

Rishi Sunak, devenu à 42 ans le plus jeune Premier ministre de l'histoire du Royaume-Uni, est un parfait représentant de l'élite British Indian. Il hérite d'une charge explosive alors que le pays entre en récession, avec une inflation galopante, des grèves répétées et des hôpitaux débordés. Ce profil discret mais ambitieux a pourtant déjà démontré sa capacité à saisir les opportunités, comme sa promotion rapide au sein du gouvernement conservateur.

Né à Southampton de parents indiens – un père médecin originaire du Kenya et une mère pharmacienne née en Tanzanie – Sunak a suivi un parcours exemplaire. Après Oxford, où il se passionne pour la finance, il rejoint Goldman Sachs puis Stanford pour y obtenir un MBA. C'est en Californie qu'il co-fonde le hedge fund Theleme Partners avec le Français Patrick Degorce. Discret mais doté d'un « cerveau véloce », selon un ancien collègue banquier, il mélange travail et famille. Marié à Akshata Murthy, fille du milliardaire indien Narayana Murthy, fondateur d'Infosys, il est choisi pour gérer la fortune de son beau-père. Avec un patrimoine estimé à 835 millions d'euros par le Sunday Times, soit le double de celui du roi Charles III, Sunak n'affiche pas un train de vie ostentatoire, mais ses costumes Henry Herbert à 4 000 euros et ses mocassins Prada trahissent sa richesse.

Son ascension politique est météorique. Élu député dans le Yorkshire en 2015 dans le fief conservateur de Richmond, il prête serment sur la Bhagavad-Gita, une première. Il intègre le gouvernement de Theresa May comme sous-secrétaire d'État au Logement en 2017, puis est nommé secrétaire en chef du Trésor par Boris Johnson en 2019. Ses excellentes relations avec BoJo le propulsent à la Chancellerie de l'Échiquier en 2020, après la démission de Sajid Javid, mais il doit alors accepter que Dominic Cummings supervise le budget, ce qui révèle son ambition et sa disposition aux compromis. Son action comme ministre des Finances pendant la pandémie de Covid-19 – avec le programme « quoi qu'il en coûte » – lui vaut une réputation de pragmatique.

Brexiter de la première heure, Sunak incarne le Global Britain cher à Boris Johnson. Il défend une économie innovante, influencée par son séjour en Californie. Depuis son arrivée au 10 Downing Street le 25 octobre 2022, il a entrepris de rassurer les Britanniques. Le 4 janvier, il prononce un discours remarqué : « Nous pouvons renverser la lente acceptation du déclin, rejeter le pessimisme et le fatalisme, refuser les limites de nos aspirations. » Alastair Campbell, ex-spin doctor de Tony Blair, note : « Sa mission est des plus ardues, mais Sunak a au moins un atout dans son jeu, il est plus rationnel que ne l'étaient Boris Johnson ou Liz Truss. »

Cependant, sa fragilité politique est réelle. Battu par Liz Truss lors du vote des militants conservateurs en septembre 2022, il n'est devenu Premier ministre que grâce à l'échec de celle-ci. Il a dû réintégrer Suella Braverman au poste de ministre de l'Intérieur, une figure de la droite radicale, pour s'assurer le soutien de cette aile du parti. De plus, le chancelier de l'Échiquier Jeremy Hunt, nommé par Truss, est devenu le chouchou des marchés, et c'est lui qui a présenté le budget rectifié très attendu en novembre, renforçant l'impression que Sunak est dominé. François-Joseph Schichan, ancien conseiller politique de l'ambassade de France à Londres, estime qu'« il n'est pas du tout sûr que Rishi Sunak soit encore à Downing Street au moment des élections générales en 2024 ».

Sur le plan international, Sunak s'est montré modéré sur le Northern Ireland Protocol Bill, un projet de loi sensible que Bruxelles considère comme une violation des engagements du Brexit. Il a renoué avec Paris, notamment sur la question des traversées illégales de la Manche, et a haussé le ton vis-à-vis de Pékin, déclarant que « le fameux “âge d'or” avec la Chine est terminé ». Son discours de politique étrangère a surpris un ancien ambassadeur français : « Je m'attendais à quelque chose de convenu, or c'était net et sans bavure, comme s'il savait exactement où il voulait aller. »

Sunak aime Star Wars, les jeux vidéo, le club de football de Southampton et le cricket. Il déteste l'intolérance, le manque d'initiative, les plans de carrière et la presse people. Selon William Hague, ancien chef des conservateurs, « Rishi Sunak a ce qu'il faut pour réussir au n°10. Sa réputation montre qu'il est un leader efficace qui peut gagner les cœurs et faire le travail. » Mais pour d'autres, comme Peter Ricketts, ex-ambassadeur en France, « sur l'économie, son ADN est celui des tories. Pour le reste, on ne connaît pas vraiment ses convictions, notamment en politique étrangère. »

Le défi de Sunak est immense : unifier un parti divisé, redresser une économie en récession, et convaincre les électeurs qu'il mérite de rester à Downing Street. Son ambition discrète et son pragmatisme pourraient être ses meilleurs atouts, mais le temps presse et la ligne de crête est étroite. L'incertitude demeure sur sa capacité à imposer son autorité face aux durs de son camp, notamment sur le Brexit et l'immigration. L'avenir dira si le « Maharaja des Yorkshire Dales » saura transformer sa fortune personnelle en réussite politique.


Source: Challenges News


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