Inauguré en 2006 sur les rives de la Seine, le musée du Quai Branly-Jacques Chirac est un vaisseau architectural conçu par Jean Nouvel, suspendu au-dessus des jardins. Ce lieu unique abrite plus de 360 000 œuvres venues d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques, offrant un accès privilégié à des cultures souvent méconnues. Pour son vingtième anniversaire, le musée a choisi de mettre en lumière la création contemporaine africaine à travers l'exposition « Africa Fashion », présentée jusqu'au 12 juillet 2025.
Un dialogue entre passé et présent
L'exposition ne se contente pas de montrer des vêtements. Elle tisse un dialogue entre les pièces historiques des collections permanentes – masques, statues, parures aux pouvoirs spirituels – et les créations des plus grands stylistes africains d'aujourd'hui. Ce contraste saisissant rappelle que l'Afrique est un continent d'innovation permanente, où la tradition et la modernité se nourrissent mutuellement. Les œuvres du musée, comme le rappelle le discours inaugural, ne sont pas de simples objets décoratifs : elles sont des requêtes adressées aux dieux, des supports de croyances et de rituels. La mode, quant à elle, devient un langage politique, un acte d'affirmation identitaire.
Parmi les créateurs exposés, on retrouve Imane Ayissi, styliste camerounais réputé pour ses mélanges audacieux de matières : ndop, kente, raphia. Ses modèles, portés par Angélique Kidjo lors de ses concerts, incarnent cette fusion entre héritage et modernité. L'exposition met également en avant des figures historiques comme les chefs d'État africains des années 1960 et 1990, dont les tenues traditionnelles étaient des déclarations politiques fortes, symboles d'indépendance culturelle.
Angélique Kidjo, guide d'exception
La diva béninoise Angélique Kidjo, ambassadrice de l'exposition, offre un regard personnel sur cette célébration de la mode africaine. Chanteuse mondialement reconnue, elle a toujours utilisé ses vêtements comme une extension de sa musique. « La richesse des Africains, c'est leur imagination, leur créativité », confie-t-elle en parcourant les allées. Elle évoque sa mère, d'une élégance sans convention, qui mélangeait les tissus pour exprimer sa liberté. Kidjo elle-même a marqué les esprits lors de la réouverture de Notre-Dame de Paris en 2024, vêtue d'un bleu soyeux intense, ou lors du centenaire de l'armistice de 1918, où elle portait un pagne béninois chargé de symboles en hommage aux troupes coloniales.
Sa carrière, jalonnée de collaborations avec des artistes internationaux et d'albums primés, illustre la diversité culturelle de l'Afrique. Née au Bénin, vivant en France et travaillant avec des stars mondiales, elle incarne une identité multiple et sans frontières. Ses tenues de scène, souvent extravagantes, racontent des histoires : celle du wax, du bogolan, du kente. Chaque pli, chaque couleur est un message.
La mode comme acte politique
L'exposition « Africa Fashion » explore le rôle politique du vêtement en Afrique. Dès les années 1950, les leaders indépendantistes comme Kwame Nkrumah ou Jomo Kenyatta ont porté des costumes traditionnels pour affirmer leur souveraineté. Plus tard, Nelson Mandela a fait de la chemise Madiba un symbole de réconciliation. Les créateurs contemporains, comme ceux exposés ici, poursuivent cette tradition : ils s'emparent des matières locales, réinterprètent les motifs ancestraux et en font des vecteurs de messages.
Les tenues présentées, qu'elles soient sobres ou exubérantes, reflètent les vagues d'autonomie du continent. Elles sont aussi une réponse à la globalisation, une manière de rivaliser avec les grandes maisons de couture occidentales tout en restant fidèles à des racines plurielles. Le musée du Quai Branly offre ainsi un espace où se rencontrent l'histoire, l'art et la mode, rappelant que l'Afrique n'est pas un bloc monolithique mais un continent d'infinies nuances.
Festival d'anniversaire : trois jours de célébration
Pour marquer ses vingt ans, le musée organise un grand festival les 19, 20 et 21 juin. Concerts, performances, danses, projections et DJ sets animeront les jardins et le rooftop. Angélique Kidjo sera présente, mais aussi d'autres artistes africains et internationaux. Ce week-end festif est une invitation à découvrir le musée sous un angle ludique et joyeux, en phase avec l'esprit de l'exposition : la mode africaine est une fête, une explosion de couleurs et de créativité.
Les visiteurs pourront également se procurer les catalogues de l'exposition « Africa Fashion » (éditions El Viso, 42 euros) et « Au cœur du dialogue des cultures – Dans les collections du musée du Quai Branly » (25 euros). Des proverbes africains ponctuent la visite, comme celui-ci : « Un homme sans culture ressemble à un zèbre sans rayures. » Le musée nous rappelle que la culture, sous toutes ses formes, est ce qui nous rend uniques et connectés à l'invisible.
Le musée du Quai Branly-Jacques Chirac reste un lieu de mémoire et de recherche, avec des réserves riches de plus de 700 000 photographies et une mission de préservation des arts premiers. Son vingtième anniversaire est l'occasion de réaffirmer son rôle : offrir un accès à l'invisible, à travers des œuvres qui parlent aux dieux et aux hommes. L'exposition « Africa Fashion », par le vêtement, prolonge cette quête d'invisible : elle donne à voir ce qui habille le corps et l'âme, ce qui révèle les identités et les aspirations d'un continent en mouvement.
Source: Latribune News