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Que cachent les bandages aux poignets des footballeurs ?

May 15, 2026  Twila Rosenbaum  9 views
Que cachent les bandages aux poignets des footballeurs ?

Le strap au poignet : une mode qui cache bien des histoires

Dans le football moderne, il est devenu courant de voir des joueurs évoluer avec des bandages autour du poignet. Cette pratique, loin d'être anodine, suscite la curiosité des supporters et des observateurs. Pour certains, il s'agit d'un simple accessoire de style. Pour d'autres, d'un véritable rituel né d'une blessure ou d'une superstition. Mais que révèlent réellement ces bandelettes de la psychologie et des habitudes des footballeurs ? Enquête sur un phénomène qui traverse les vestiaires, du PSG à Al-Nassr, en passant par les sélections nationales.

Les origines : des blessures aux superstitions

L'une des raisons les plus fréquentes est la protection suite à une blessure. Karim Benzema, par exemple, a commencé à jouer avec un strap à la main droite après une blessure au doigt en 2019. Depuis, il n'a jamais cessé, transformant cet équipement médical en signature visuelle. De nombreux joueurs suivent le même chemin : Mathys Tel, attaquant du Bayern Munich, porte un strap similaire depuis une blessure subie dans son enfance. Un proche du joueur confie : « Il se sent plus fort avec, c'est devenu psychologique. » De même, Christian Mawissa, défenseur de Monaco, a conservé ses bandages après une entorse au poignet chez les U17, expliquant qu'il s'est habitué et se sent bien ainsi.

Cette transition du médical au mental illustre une réalité du football de haut niveau : les joueurs sont des créatures d'habitudes. Une fois qu'ils ont expérimenté une configuration qui coïncide avec une bonne performance, ils peinent à s'en détacher. Comme le résume Iuri Annecchiarico, membre du staff sénégalais : « Ça commence souvent avec une blessure, puis après tu as été bon avec le strap donc tu ne veux plus l'enlever. »

Un rituel pour entrer en « mode combat »

Au Sénégal, Sadio Mané et Moussa Niakhaté ont transformé le port du bandage en véritable cérémonie. Quelques minutes avant le coup d'envoi, ils exigent que le kiné Christophe Dormoy leur pose le strap. Comme le souligne Iuri Annecchiarico, c'est « une manière de passer en mode combat, d'entrer dans la rencontre ». Ce rituel, symbolique, leur permet de se concentrer et d'adopter un état d'esprit guerrier. D'autres joueurs, comme Cristiano Ronaldo, utilisent le strap pour dissimuler un bracelet connecté, en dépit de l'article 4 des lois du jeu qui interdit les bijoux. Les arbitres ferment souvent les yeux, conscients que ces accessoires n'ont pas d'intention malveillante.

Des supports pour messages tactiques et personnels

Au-delà de la superstition, les bandages servent parfois de pense-bête. Christian Mawissa raconte qu'à ses débuts avec Toulouse, un analyste vidéo lui écrivait des consignes défensives sur le strap, notamment pour les coups de pied arrêtés. Cette pratique permettait aux jeunes joueurs de mémoriser rapidement les schémas tactiques sans avoir à consulter un tableau. Aujourd'hui, Mawissa a abandonné les annotations, mais conserve les bandes par habitude.

Plus récemment, les straps sont devenus une plateforme d'expression politique ou religieuse. En août 2023, les joueuses d'Orlando Pride ont affiché leur soutien à Jenni Hermoso en écrivant « Contigo Jenni » sur leurs bandages. Dans un registre spirituel, des produits comme Ballers In God proposent des straps avec des messages évangéliques, comme ceux portés par l'attaquant strasbourgeois Emanuel Emegha. Le défenseur international français Maxence Lacroix inscrit quant à lui des numéros de psaumes sur ses bandes, alliant foi et football.

Un phénomène qui s'étend au football amateur

Cette mode dépasse désormais le cadre professionnel. Sur les pelouses amateurs, les joueurs adoptent également les straps, parfois sans véritable raison médicale. Cela donne lieu à des négociations avec les arbitres lors du contrôle du matériel. Beaucoup tentent de conserver leurs bracelets fétiches en invoquant une protection, tandis que les arbitres, souvent compréhensifs, tolèrent ces entorses au règlement. Les fabricants de straps, comme l'allemand Kinesio ou les marques spécialisées, voient leur marché s'élargir avec des produits alliant esthétique et fonctionnalité.

Analysons plus en détail les différentes fonctions de ce strap au poignet. Sur le plan médical, un bandage correctement réalisé autour du pouce peut réellement prévenir les entorses lors des chutes. Mais la plupart des joueurs se contentent d'une bande simple autour du poignet, sans effet protecteur significatif. L'impact est donc principalement mental : le strap agit comme un objet transitionnel, un talisman qui rassure et stabilise la confiance. Dans un sport où la psychologie joue un rôle crucial, cet accessoire de quelques centimètres peut faire la différence entre un joueur fébrile et un leader serein.

Historiquement, le port de bandages dans le sport vient des pratiques médicales de la kinésithérapie sportive. Les strappings fonctionnels, popularisés dans les années 1970 par les kinésithérapeutes japonais et américains, étaient utilisés pour soutenir les articulations sans entraver les mouvements. Le football a progressivement adopté ces techniques, mais leur usage s'est détourné du strict besoin médical pour intégrer la culture vestimentaire du vestiaire. Aujourd'hui, des stars comme Kylian Mbappé ou Erling Haaland n'en portent pas, tandis que d'autres comme Lamine Yamal ou Endrick en font un élément de leur identité visuelle. Cette divergence illustre la liberté d'expression individuelle au sein d'un collectif.

Enfin, il est intéressant de noter que les bandages aux poignets ne sont pas un phénomène isolé dans le sport. Au basketball, par exemple, LeBron James porte régulièrement un bandeau au bras. Au tennis, Rafael Nadal a ses rituels de bouteilles d'eau. Ces comportements, bien que différents, partagent une même fonction psychologique : créer un sentiment de contrôle dans un environnement incertain. Le football, sport de haute pression et de performance imprévisible, offre un terrain fertile à ces superstitions. Les straps au poignet sont donc bien plus qu'un simple accessoire de mode : ils sont le reflet des fragilités, des espoirs et des croyances des joueurs qui peuplent les plus grands stades.


Source: L'Équipe News


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