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États-Unis : derrière la diplomatie de Donald Trump, l'ombre de son gendre Jared Kushner

Jul 08, 2026  Twila Rosenbaum  8 views
États-Unis : derrière la diplomatie de Donald Trump, l'ombre de son gendre Jared Kushner

Doha, Qatar, 14 décembre 2019. Ivanka Trump déambule à son aise dans les allées du Forum de Doha. Tantôt saluée par l'ex-secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, puis par l'émir du Qatar, Tamim Al-Thani, qui lui accorde une audience, la fille de Donald Trump fascine tout le monde. Au cœur de ce forum qui réunit la crème de la diplomatie mondiale, elle semble agir comme si elle représentait son père. Nous sommes à une époque où les accords d'Abraham, qui visent à ouvrir des canaux diplomatiques entre Israël et les pays arabes en échange de perspectives économiques radieuses, sont en passe d'être signés.

Derrière ce projet, un homme, Jared Kushner, gendre de Trump et mari adoré d'Ivanka. Le couple est fusionnel. Et quand Jared demande quelque chose à Donald Trump, ce dernier a du mal à refuser, en premier lieu parce qu'il n'a jamais rien refusé à sa fille. Très tôt, Jared Kushner en profite pour développer ses propres affaires en parallèle de ses missions diplomatiques jusqu'à s'élever au rang de milliardaire. Après tout, rien n'est tabou pour Trump dans cette sphère, alors pourquoi se priver. La Russie, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et Israël finissent d'ailleurs par considérer Kushner comme un atout qu'ils peuvent exploiter, un homme susceptible de défendre leurs intérêts auprès du président.

Trump n'en est pas à son coup d'essai lorsqu'il s'agit de faire coïncider famille, amis et business. Quelques années plus tôt, alors qu'il avait oublié son portefeuille lors d'une pause déjeuner, l'avocat Steve Witkoff lui avait payé un jambon-beurre. Ce fut le point de départ d'une amitié qui fera de Witkoff l'Américain préféré de Poutine, mais aussi le négociateur en chef sur le nucléaire iranien ainsi que sur Gaza. On pouvait même penser un temps que le duo qu'il finit par former avec Kushner allait redessiner les contours de la diplomatie américaine dans le monde.

Les résultats de l'entreprise familiale s'avèrent finalement bien maigres. Sur l'Ukraine d'abord. Aucune avancée significative n'a vu le jour en dépit de la promesse de Trump pendant sa campagne d'arrêter la guerre en 24 heures, malgré des dizaines d'heures de rencontres. Sur l'Iran, le bilan est cruellement vide. On sait que Steve Witkoff et surtout Jared Kushner ont joué un rôle fondamental pour forcer Donald Trump à entrer en guerre. Pour Kushner, cela tient aux liens d'affaires qu'il a tissés avec les ennemis de l'Iran, utilisant son influence auprès de Trump pour convaincre les pays du Golfe d'investir dans son fonds d'investissement, Affinity Partners. En particulier, sa relation avec le président des Émirats arabes unis, Mohammed bin Zayed, dont l'antagonisme avec l'Iran est notoire, pourrait être derrière les pressions exercées par Kushner auprès de Trump pour déclarer la guerre. Sa relation avec Benyamin Netanyahou est aussi prépondérante qu'ancienne. Dans les années 1990, lors d'un voyage aux États-Unis, le Premier ministre israélien avait rendu visite aux Kushner dans leur maison du New Jersey.

Il est avéré qu'avant le 28 février, date du déclenchement du conflit par Trump, Kushner a mené un travail de lobbying insistant pour l'entrée en guerre, arguant notamment auprès du président américain que l'Iran n'était qu'à quelques semaines, voire à quelques jours, d'obtenir la bombe nucléaire. Cet argument, Trump, comme ses prédécesseurs, l'a entendu à maintes reprises de la bouche de Benyamin Netanyahou. Mais là, il l'entend tous les jours au sein du cercle familial, et donc probablement via sa fille elle-même.

Rien n'indique que Jared Kushner puisse être tenu pour responsable de l'entrée en guerre, mais il a clairement pesé pour et entretenu un climat de suspicion par principe au moment où les États-Unis et l'Iran étaient en train de négocier sur le nucléaire. Si on laisse de côté les penchants belliqueux de Kushner, il est aussi manifeste que lors des discussions avec les Iraniens qui ont eu lieu périodiquement depuis le retour de Trump au pouvoir, certaines approximations des deux hommes, Kushner et Witkoff, ont conduit l'administration Trump à manquer des occasions cruciales de reconnaître les signes de flexibilité de Téhéran. Les deux hommes semblent mal maîtriser les principes de la physique nucléaire, ce qui en soit ne doit pas les empêcher d'obtenir un accord en s'appuyant sur l'avis des spécialistes qui les entourent. Le problème, c'est que les Iraniens s'en sont rendu compte. La solidité de l'équipe Trump en a pris un coup.

Pour éviter un naufrage aux élections de mi-mandat, Trump doit aussi corriger le tir vis-à-vis des puissances étrangères. L'affaire iranienne aura-t-elle raison du second mandat de Trump ? Il est un peu tôt pour le dire. La reprise en main des négociations par le vice-président américain indique cependant une chose. Trump met dans la balance son numéro deux pour laver l'affront d'une guerre perdue. Outre qu'il lui faut à tout prix rétablir la confiance avec sa base Maga, dont Vance est proche, pour éviter un naufrage aux élections de mi-mandat à l'automne, Trump doit aussi corriger le tir vis-à-vis des puissances étrangères. À ce stade, Witkoff et Kushner font toujours partie des négociations, mais on les entend moins. La guerre d'Iran a changé beaucoup de choses. Téhéran en ressort renforcé, car même si un accord est trouvé, les Iraniens ont parfaitement mesuré le pouvoir dont ils disposent sur le détroit d'Ormuz. Il semblerait aussi que la diplomatie familiale à la Trump ait fait partie des victimes collatérales.

Ce phénomène n'est pas nouveau dans l'histoire américaine. Des présidents ont souvent accordé des rôles officieux à des proches, mais rarement avec une telle ampleur. Dwight Eisenhower avait son frère Milton comme conseiller informel, mais sans lien d'affaires. John F. Kennedy avait nommé son frère Robert au poste de procureur général, ce qui avait suscité des critiques, mais là encore, les intérêts financiers étaient transparents. Sous Trump, la frontière entre intérêt personnel et diplomatie d'État s'est brouillée comme jamais. Jared Kushner, avant d'être nommé conseiller principal, avait déjà bâti un empire immobilier à New York. Son fonds Affinity Partners, lancé après son départ de la Maison-Blanche en 2021, a reçu des investissements de pays du Golfe, notamment 2 milliards de dollars du Fonds d'investissement public saoudien. Ces liens ont alimenté les soupçons de conflits d'intérêts pendant son service gouvernemental.

L'ascension de Steve Witkoff est tout aussi révélatrice. Avocat spécialisé dans l'immobilier, il avait défendu Trump dans plusieurs procès. Leur amitié s'est scellée autour d'un jambon-beurre, mais a rapidement pris une dimension politique. Witkoff, sans aucune expérience diplomatique, s'est vu confier des dossiers sensibles : la négociation avec la Russie sur l'Ukraine, puis le nucléaire iranien. Ses premières déclarations publiques ont révélé des lacunes embarrassantes. Lors d'une conférence de presse à Moscou, il a confondu les oblasts de Donetsk et de Louhansk, provoquant des ricanements dans les chancelleries. Pourtant, Trump lui a maintenu sa confiance, signe que la loyauté prime sur la compétence.

Les conséquences de cette diplomatie familiale sont multiples. D'abord, elle a affaibli le corps diplomatique traditionnel : des carrières entières de diplomates chevronnés ont été marginalisées. Ensuite, elle a créé une asymétrie d'information. Kushner, via ses contacts au Moyen-Orient, avait accès à des canaux parallèles que le Département d'État ignorait. Enfin, elle a exposé les États-Unis à des risques de chantage. Si les pays étrangers savaient que Kushner pouvait influencer Trump via Ivanka, ils pouvaient exploiter cette faiblesse. Des fuites dans la presse ont suggéré que des gouvernements avaient tenté d'approcher Kushner par des cadeaux ou des contrats.

Le casse-tête iranien illustre parfaitement ces dérives. En 2025, après le retour de Trump au pouvoir, les négociations nucléaires ont repris de manière chaotique. Les émissaires officiels, comme le secrétaire d'État, ont été constamment court-circuités par Kushner et Witkoff. Ces derniers organisaient des rencontres secrètes avec des intermédiaires qataris, souvent à l'insu de l'équipe de sécurité nationale. Résultat : les Iraniens, qui avaient appris à naviguer dans ce système parallèle, ont joué sur les contradictions. Ils savaient que les deux hommes manquaient de connaissances techniques, et ils en ont profité pour gagner du temps tout en poursuivant leur enrichissement.

Sur le plan économique, les retombées sont mitigées. Les accords d'Abraham ont certes permis des échanges accrus entre Israël et les Émirats, mais les promesses d'investissements massifs dans les territoires palestiniens ne se sont pas concrétisées. Le fonds Affinity de Kushner a engrangé des profits, mais les entreprises américaines n'ont pas bénéficié d'un accès privilégié aux marchés du Golfe, contrairement à ce qui était espéré. La perception d'une diplomatie mercantile a également terni l'image des États-Unis dans la région.

Les leçons de cette expérience sont claires. La confusion entre intérêt familial et intérêt national n'est pas seulement une question d'éthique, mais aussi d'efficacité. Les décisions de politique étrangère prises sous l'influence de proches sans expertise se sont révélées coûteuses, que ce soit en Ukraine ou en Iran. Reste à savoir si l'administration Trump, après les revers subis, parviendra à rétablir des processus plus orthodoxes. Les prochains mois seront décisifs pour l'avenir de la diplomatie américaine.


Source: Lejdd News


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